Au troisième trimestre 2025, l'INSEE recense 47 219 créations de SAS/SASU contre seulement 16 501 SARL/EURL, soit une progression de 11,2 % en un an pour la SASU. Si ce statut domine largement les statistiques, il n'est pas pour autant la meilleure option dans tous les cas. Derrière deux formes juridiques en apparence proches — responsabilité limitée aux apports, capital social à partir de 1 €, associé unique — se cachent des conséquences radicalement différentes sur vos charges, votre retraite et la souplesse de votre structure. Chez NGT Conseil, cabinet d'expertise comptable à Chaville, nous accompagnons chaque année des créateurs d'entreprise dans ce choix décisif, en posant les chiffres avant les idées reçues. Cet article vous aide à trancher entre SASU ou EURL en indépendant, selon votre profil réel et sans jargon inutile.
L'EURL est la version unipersonnelle de la SARL. Son fonctionnement est encadré par le Code de commerce : le gérant doit obligatoirement être une personne physique, les statuts sont relativement standardisés et le capital est représenté par des parts sociales, dont la cession reste contraignante (acte de cession, notification aux tiers, agrément éventuel). Contrepartie souvent méconnue : en EURL, le conjoint (marié ou pacsé) qui participe régulièrement à l'activité peut bénéficier du statut protecteur de conjoint-collaborateur, qui lui ouvre des droits propres à la retraite et à la prévoyance sans être rémunéré — un avantage concret pour les artisans ou professions libérales exerçant en couple au quotidien (le conjoint doit toutefois être formellement déclaré auprès de l'Urssaf sous peine de requalification).
La SASU, version unipersonnelle de la SAS, offre une tout autre logique. Le président peut être une personne morale — ce qui ouvre la porte à un montage en holding. Concrètement, la société holding détient la SASU fille, perçoit les dividendes avec une imposition quasi nulle grâce au régime mère-fille (abattement de 95 % sur les dividendes remontés), et réinvestit les bénéfices dans de nouveaux projets. Ce montage est pertinent pour les freelances IT ou consultants à chiffre d'affaires élevé prévoyant de diversifier leurs activités, mais inutile et coûteux pour un créateur démarrant seul avec un seul projet. En EURL, le gérant devant être une personne physique, ce type de montage est structurellement impossible. La liberté statutaire est totale en SASU et le capital, représenté par des actions, se transmet plus facilement. Cette souplesse a toutefois un coût : la rédaction des statuts SASU est souvent déléguée à un professionnel, pour un budget de 1 500 à 2 500 € HT, là où les statuts EURL peuvent être rédigés par le gérant lui-même.
Côté formalisme courant, la différence est nette. En EURL, la rémunération du gérant se formalise par un simple procès-verbal de décision de l'associé unique, sans bulletin de paie ; l'Urssaf calcule et appelle les cotisations directement. En SASU, dès qu'un salaire est versé au président, une fiche de paie et une DSN (Déclaration Sociale Nominative) mensuelle sont obligatoires. Les frais de création restent comparables (environ 250 € d'annonce légale et d'immatriculation), mais la libération du capital diffère : 20 % minimum en EURL contre 50 % en SASU. Pour un capital de 5 000 €, cela représente 1 000 € à libérer immédiatement en EURL, contre 2 500 € en SASU. Si vous envisagez de vous lancer, un accompagnement à la création d'entreprise à Chaville permet de sécuriser chacune de ces étapes dès le départ.
À noter : le statut de conjoint-collaborateur, propre à l'EURL, n'existe pas en SASU. Si votre conjoint participe à l'activité dans une SASU, il devra obligatoirement être salarié ou mandataire social, avec les charges associées. Ce point peut peser dans la balance pour les couples exerçant ensemble au quotidien, notamment dans l'artisanat ou les professions libérales.
Le régime fiscal par défaut constitue l'une des différences les plus structurantes entre ces deux statuts. L'EURL dont l'associé unique est une personne physique relève de l'impôt sur le revenu (IR) par défaut : les bénéfices s'ajoutent aux revenus personnels du dirigeant et sont soumis au barème progressif (de 0 à 45 %). Une option pour l'IS est possible et révocable pendant cinq exercices, ce qui peut s'avérer intéressant lorsque les bénéfices restent inférieurs à 50 000 € par an.
La SASU est soumise par défaut à l'impôt sur les sociétés (IS) : 15 % sur les bénéfices jusqu'à 42 500 €, puis 25 % au-delà. Une option temporaire pour l'IR est envisageable, mais limitée à cinq exercices consécutifs. Un point souvent ignoré mérite votre attention : en EURL à l'IR, l'imposition porte uniquement sur le bénéfice réel (recettes diminuées des charges). En phase de démarrage ou en cas de revenus irréguliers, la fiscalité peut donc être très faible, voire nulle — un avantage concret que la SASU à l'IS ne procure pas, puisque l'IS est dû sur le résultat même si le président ne se verse aucun salaire.
Conseil : si votre tranche marginale d'imposition (TMI) est inférieure ou égale à 11 %, vous avez intérêt à renoncer à la flat tax de 12,8 % sur vos dividendes et à opter pour le barème progressif de l'IR lors de votre déclaration annuelle. Cette option ouvre droit à un abattement de 40 % sur les dividendes bruts, réduisant la base imposable et aboutissant à une imposition effective inférieure à la flat tax. Attention : l'option est globale et irrévocable pour l'année concernée — elle s'applique à l'ensemble des revenus de capitaux mobiliers du foyer fiscal, pas uniquement aux dividendes de la société. Cette stratégie est pertinente en EURL à l'IR en début d'activité avec des revenus modestes, ou en SASU pour un dirigeant avec peu de revenus annexes.
C'est ici que le choix entre SASU ou EURL pour un indépendant prend toute sa dimension financière. Le gérant d'EURL relève du statut de Travailleur Non Salarié (TNS), affilié à la Sécurité Sociale des Indépendants (SSI). Ses cotisations sociales représentent environ 40 à 45 % de son revenu net. Le président de SASU, lui, est assimilé salarié au sens de l'article L311-3 du Code de la sécurité sociale : ses cotisations atteignent 75 à 82 % du salaire net.
Concrètement, pour un revenu net cible de 3 000 € par mois, le coût total mensuel pour la société s'élève à environ 5 384 € en SASU contre 4 200 à 4 350 € en EURL, soit un écart de 700 à 900 € chaque mois. En contrepartie, la SASU offre un avantage décisif aux créateurs indemnisés par France Travail : en l'absence de rémunération, aucune cotisation ne se déclenche et 100 % des allocations ARE sont maintenues. En EURL, même sans revenu, des cotisations minimales incompressibles de 1 000 à 1 500 € par an restent dues.
La protection en cas d'arrêt maladie diffère sensiblement entre les deux régimes. Le gérant TNS en EURL perçoit des indemnités journalières à partir du 4e jour d'arrêt (délai de carence de 3 jours), calculées sur la moyenne des revenus des 3 années précédentes, avec un plafond inférieur à celui du régime général. Le président de SASU assimilé salarié bénéficie du même délai de carence de 3 jours pour les arrêts non professionnels, mais la base de calcul est le salaire journalier brut moyen, généralement plus élevée. Point crucial : en SASU, les droits aux indemnités journalières sont nuls si aucun salaire n'a été versé — un risque concret pour les présidents qui se rémunèrent exclusivement en dividendes.
La réforme de l'assiette sociale des TNS, applicable à partir d'avril 2026, mérite d'être signalée. La nouvelle formule (revenu × (1 – 26 %)) redistribue les prélèvements en augmentant les cotisations retraite — créatrices de droits — tout en réduisant la CSG/CRDS. Pour les revenus inférieurs au PASS (48 060 € en 2026), le niveau global de prélèvement reste quasi stable, mais les droits à la retraite s'améliorent. L'écart avec l'assimilé salarié se réduit légèrement sans disparaître. En revanche, cette réforme comporte un effet pénalisant pour les gérants d'EURL à hauts revenus : lorsque les cotisations sociales réelles représentent moins de 26 % du revenu professionnel — ce qui peut arriver pour les profils au-delà de 80 000 à 90 000 € de revenus annuels —, la nouvelle assiette unique (revenu × 74 %) produit une base de calcul supérieure à l'ancienne assiette réelle, entraînant une hausse nette des prélèvements. Cet effet ne concerne pas les TNS dont les revenus sont inférieurs au PASS, qui représentent la majorité des profils, mais il impose une vigilance particulière avant de conclure que le régime TNS reste toujours moins chargé que le régime assimilé salarié.
La fiscalité des dividendes creuse encore l'écart selon les profils. En SASU, 100 % des dividendes sont soumis uniquement à la flat tax de 30 % (12,8 % d'IR + 17,2 % de prélèvements sociaux), sans aucune cotisation sociale supplémentaire, quel que soit le montant distribué.
En EURL, le mécanisme est bien différent : les dividendes dépassant 10 % du capital social (primes d'émission et solde moyen du compte courant d'associé inclus) sont réintégrés dans l'assiette TNS et soumis aux mêmes charges que la rémunération. Ce seuil de déclenchement peut être repoussé en dimensionnant le capital social à un niveau suffisant — par exemple 10 000 € ou plus.
Une simulation sur un chiffre d'affaires d'environ 120 000 € illustre la différence : le net annuel ressort à environ 41 553 € en EURL à l'IS (stratégie TNS) contre environ 62 187 € en SASU (stratégie SMIC + dividendes). Mais cette optimisation a des effets de bord : bulletins de paie affichant environ 1 400 € mensuels — problématique pour un prêt immobilier — et cotisations retraite calculées sur le seul SMIC. L'Urssaf peut également contester une rémunération jugée anormalement basse. Surtout, il faut nuancer ces chiffres : la stratégie SASU avec dividendes ne devient structurellement plus compétitive que la stratégie EURL TNS qu'à partir d'un chiffre d'affaires annuel supérieur à 150 000 €. En dessous de ce seuil, les charges TNS plus faibles de l'EURL génèrent généralement un revenu net supérieur à celui d'une SASU, même avec une stratégie mixte salaire + dividendes — ce qui invalide l'idée reçue selon laquelle la SASU serait « toujours » plus favorable pour les indépendants.
Exemple : Arnaud Lefèvre, développeur freelance à Chaville, réalise un chiffre d'affaires de 95 000 € avec des charges d'exploitation de 12 000 €, soit un bénéfice de 83 000 €. En SASU avec une stratégie SMIC (21 203 € brut annuel) + dividendes, son revenu net après IS, flat tax et cotisations salariales s'établit à environ 52 800 €. En EURL à l'IS avec une rémunération TNS de 55 000 € et le solde en dividendes (fraction inférieure à 10 % du capital de 15 000 €), son revenu net atteint environ 54 600 €. À ce niveau de chiffre d'affaires, l'EURL lui laisse donc près de 1 800 € de plus par an dans la poche, tout en validant davantage de trimestres de retraite et en lui ouvrant des droits aux indemnités journalières calculés sur un revenu réel — et non sur un SMIC.
Le président de SASU cotise à l'Agirc-Arrco (valeur du point : 1,4386 € en 2026) et à la CNAV pour la retraite de base. Les taux de cotisation Agirc-Arrco 2026 applicables au président de SASU permettent de mesurer l'effort contributif : en tranche 1 (salaire jusqu'au PASS, soit 48 060 €/an), le taux global est de 7,87 % (3,15 % salarié + 4,72 % patronal) ; en tranche 2 (entre 1 et 8 fois le PASS), le taux global atteint 21,59 % (8,64 % salarié + 12,95 % patronal). Depuis le 1er avril 2025, le coefficient de solidarité Agirc-Arrco — ce malus de 10 % appliqué pendant 1 à 3 ans aux retraités partant à taux plein sans attendre un an supplémentaire — a été définitivement supprimé par le conseil d'administration de l'Agirc-Arrco. Tout départ à taux plein en SASU bénéficie désormais automatiquement de 100 % de la pension complémentaire, sans période de malus, renforçant encore l'avantage de l'Agirc-Arrco face au RCI de l'EURL.
Le gérant d'EURL cotise au Régime Complémentaire des Indépendants (RCI), structurellement moins généreux pour les revenus supérieurs au PASS. Avec 45 000 € de revenus annuels, la pension totale d'un TNS atteint environ 24 000 € bruts par an (taux de remplacement de 53 %), la complémentaire RCI ne représentant que 27 % du total.
Une règle d'or s'applique aux deux statuts : se rémunérer exclusivement en dividendes n'ouvre aucun droit à la retraite, ni de base ni complémentaire. En SASU, valider quatre trimestres par an exige un salaire brut annuel minimum de 7 212 € (soit 601 € par mois). En EURL, les cotisations minimales maintiennent un socle de droits, même sans revenu. Pour compenser le déficit de retraite complémentaire en EURL, la souscription d'un PER (Plan d'Épargne Retraite) dès la première année est recommandée : un versement de 10 000 € avec une tranche marginale à 30 % génère une économie d'impôt de 3 000 €. Enfin, ni le président de SASU ni le gérant d'EURL ne bénéficient de l'assurance chômage — un contrat GSC privé (200 à 500 € par mois) reste la solution commune.
À noter : la suppression définitive du coefficient de solidarité Agirc-Arrco depuis le 1er avril 2025 est un changement majeur pour les présidents de SASU qui planifient leur retraite. Auparavant, partir à taux plein sans différer d'un an entraînait une décote de 10 % sur la pension complémentaire pendant 1 à 3 ans. Ce malus n'existe plus : toute pension Agirc-Arrco est désormais versée à 100 % dès le départ à taux plein, ce qui améliore significativement le rendement des cotisations versées tout au long de la carrière du dirigeant assimilé salarié.
Le bon choix entre SASU ou EURL en indépendant dépend avant tout de votre situation personnelle. Voici les principaux cas de figure rencontrés en pratique :
Exemple : Clémence Barelier, consultante en stratégie digitale à Meudon, quitte son poste de cadre avec 18 mois de droits ARE (environ 2 400 € nets par mois). Elle hésite entre maintien de l'ARE et versement de l'ARCE. Si elle opte pour l'ARCE, elle perçoit 60 % de ses droits restants, soit environ 25 920 € en deux versements (le premier à la création, le second six mois plus tard). Cette somme lui permet de financer son besoin en fonds de roulement et d'équiper son bureau. En contrepartie, elle renonce définitivement à 17 280 € d'allocations mensuelles résiduelles. Après simulation avec son expert-comptable, elle choisit finalement le maintien de l'ARE en créant une SASU sans se verser de salaire pendant les 18 premiers mois : elle conserve ainsi l'intégralité de ses allocations mensuelles tout en laissant la trésorerie s'accumuler dans la société, pour se rémunérer ensuite en mixte salaire + dividendes une fois son activité stabilisée.
Le bon statut dépend de votre niveau de revenus, de votre horizon de développement et de vos priorités entre trésorerie immédiate et protection à long terme. Une simulation personnalisée, fondée sur des chiffres réels et non sur des généralités, reste le moyen le plus fiable de trancher. C'est précisément la démarche que propose NGT Conseil, cabinet d'expertise comptable à taille humaine installé à Chaville, dirigé par Thibault Negaret. En accompagnant au quotidien des créateurs de TPE, PME et professions libérales — en comptabilité, fiscalité, social et juridique courant —, le cabinet vous aide à poser les bases d'une structure adaptée à votre réalité économique. Si vous êtes dans la région de Chaville et souhaitez comparer précisément les deux options avant de vous lancer, n'hésitez pas à solliciter un rendez-vous pour une étude chiffrée de votre projet.