En 2026, le président d'une SASU dispose de deux leviers de rémunération aux mécanismes radicalement différents — et le mauvais dosage peut coûter plusieurs milliers d'euros par an. Hausse du PFU de 30 % à 31,4 %, assouplissement de l'option pour le barème progressif désormais non irrévocable : le contexte fiscal a sensiblement évolué, rendant tout arbitrage antérieur potentiellement obsolète. Aucune règle universelle ne s'applique, car la stratégie optimale dépend du bénéfice de la société, de la tranche marginale d'imposition du foyer et des objectifs personnels du dirigeant. Chez NGT Conseil, cabinet d'expertise comptable à Chaville, nous accompagnons chaque année des dirigeants de SASU dans cette simulation globale, en croisant coût réel, net perçu, droits sociaux et horizon de long terme. Voici les clés pour comprendre et calibrer votre rémunération.
Le président de SASU rémunéré bénéficie du statut d'assimilé salarié (article L311-3 du Code de la sécurité sociale). Concrètement, il relève du régime général et cotise comme un cadre du privé : maladie, retraite de base CNAV, retraite complémentaire Agirc-Arrco, prévoyance, maternité, allocations familiales. Seule exception notable : il ne cotise pas à l'assurance chômage. En l'absence totale de rémunération, aucune cotisation n'est due, mais toute couverture sociale disparaît également. Précision importante : la réduction Fillon (réduction générale de cotisations patronales) ne s'applique pas aux présidents de SASU, ce qui exclut tout allègement structurel sur les bas salaires.
Le revers de cette protection étendue, c'est le coût. En 2026, les charges sociales représentent environ 82 % du salaire net, réparties entre ≈ 54 % de charges patronales et ≈ 28 % de charges salariales. Pour un salaire net de 2 000 € par mois, la SASU devra débourser entre 3 300 et 3 500 € au total. Autrement dit, chaque euro de salaire net coûte environ 1,82 € à la société. Le président cotise au régime Agirc-Arrco selon deux tranches en 2026 : un taux global d'environ 17,4 % sur la tranche A (dans la limite du PASS de 48 060 €) et d'environ 21,59 % sur la tranche B (entre 1 et 8 PASS). La retraite complémentaire fonctionne par points — en 2026, la valeur du point Agirc-Arrco est de 1,4386 € brut par an — et la pension finale est calculée en multipliant le total des points acquis tout au long de la carrière par cette valeur, ce qui illustre concrètement pourquoi une rémunération exclusivement en dividendes se traduit par une pension complémentaire nulle.
L'avantage fiscal majeur du salaire réside dans sa déductibilité du résultat imposable. Chaque euro versé en rémunération réduit l'assiette soumise à l'impôt sur les sociétés. Le salaire est ensuite imposé entre les mains du dirigeant dans la catégorie « traitements et salaires », après un abattement forfaitaire de 10 %. La déclaration est automatisée via la DSN (Déclaration Sociale Nominative), ce qui simplifie considérablement les obligations administratives. Pour un accompagnement fiable dans l'établissement de vos bulletins de paie à Chaville, NGT Conseil assure la gestion complète de ce volet social.
À noter : le dispositif ACRE permet au président de SASU une exonération partielle de cotisations sociales pendant les 12 premiers mois d'activité. Cette exonération est plafonnée à 25 % pour les revenus inférieurs à 75 % du PASS 2026 (soit inférieurs à 36 045 €), puis dégressive jusqu'à 100 % du PASS. Attention : depuis la réforme LFSS 2026, la demande n'est plus automatique. Elle doit être déposée dans les 60 jours suivant l'ouverture d'activité, sous peine de perte définitive du bénéfice de l'exonération. Si vous créez votre SASU en 2026, c'est l'un des tout premiers réflexes administratifs à avoir.
Avant toute distribution, cinq conditions légales doivent impérativement être réunies : clôture d'un exercice comptable, existence d'un bénéfice après IS, apurement des pertes antérieures, libération intégrale du capital social, et constitution de la réserve légale à hauteur de 5 % du bénéfice annuel jusqu'à atteindre 10 % du capital. Un dividende versé sans respecter ces prérequis est qualifié de « dividende fictif », exposant le dirigeant à des sanctions fiscales et à une responsabilité personnelle. Les dividendes approuvés lors de l'assemblée annuelle doivent être versés dans les 9 mois suivant la clôture de l'exercice. Il est également possible de verser un acompte sur dividendes avant la clôture des comptes, mais cette opération nécessite l'intervention obligatoire d'un commissaire aux comptes pour certifier l'existence d'un bénéfice intermédiaire suffisant — ce qui en limite concrètement l'usage aux SASU ayant déjà désigné un CAC.
Le mécanisme de double taxation est souvent sous-estimé. Le bénéfice est d'abord soumis à l'IS : 15 % jusqu'à 42 500 € (sous conditions de CA et de détention du capital), puis 25 % au-delà. Le solde distribuable supporte ensuite le PFU à 31,4 % — soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. La charge effective globale peut ainsi atteindre 40 à 45 % du bénéfice initial.
Toutefois, la SASU conserve un avantage structurel par rapport à l'EURL : 100 % des dividendes sont soumis uniquement au PFU, sans aucune cotisation URSSAF. En EURL, la fraction des dividendes excédant 10 % du capital est soumise aux cotisations TNS à environ 45 %, un écart considérable.
Conseil : une dispense de prélèvement forfaitaire non libératoire (PFNL) de 12,8 % peut être demandée si le revenu fiscal de référence (RFR) de l'avant-dernière année est inférieur à 50 000 € pour un célibataire ou 75 000 € pour un couple. Cette dispense ne porte pas sur les prélèvements sociaux de 18,6 %, toujours dus. La demande doit être adressée à la société au plus tard le 30 novembre de l'année précédant le versement. Elle évite d'avancer 12,8 % de trésorerie en attente de régularisation lors de la déclaration annuelle — un gain de trésorerie non négligeable, notamment pour les dirigeants dont le RFR reste modéré.
Deux régimes s'offrent à vous. Le PFU à 31,4 % s'applique automatiquement, sans démarche particulière. L'alternative consiste à opter pour le barème progressif de l'IR via la case 2OP de la déclaration de revenus : les dividendes bénéficient alors d'un abattement de 40 %, et 6,8 % de CSG deviennent déductibles du revenu imposable l'année suivante. Nouveauté 2026 : cette option n'est plus irrévocable pour les revenus de l'année, ce qui offre un filet de sécurité supplémentaire. Point de vigilance essentiel : l'option pour le barème progressif est globale — elle porte sur l'ensemble des revenus de capitaux mobiliers du foyer fiscal pour l'année concernée : dividendes, intérêts, plus-values mobilières. Il est impossible d'opter pour le barème sur certains revenus tout en conservant la flat tax sur d'autres au titre de la même année. Cette contrainte doit impérativement être intégrée dans la simulation avant de cocher la case 2OP, notamment si le foyer perçoit également des intérêts sur livrets bancaires ou des plus-values de cession.
Le barème progressif n'est pertinent que si votre TMI est inférieure ou égale à 11 %. Prenons un exemple concret : un dirigeant percevant 15 000 € de dividendes bruts dans un foyer non imposable. En optant pour le barème, seuls les prélèvements sociaux de 18,6 % s'appliquent, soit 2 790 €. En flat tax, le prélèvement atteint 4 710 €. L'économie s'élève à 1 920 €. Dès que la TMI atteint 30 %, le PFU redevient mathématiquement préférable.
Comparons deux scénarios extrêmes pour un bénéfice de 100 000 € et une TMI à 41 %. Dans le scénario « tout dividendes » : l'IS mixte prélève environ 20 750 €, laissant 79 250 € distribuables. Après PFU de 31,4 %, le dirigeant perçoit environ 55 475 € net. Dans le scénario « tout salaire » : charges patronales et salariales absorbent environ 45 000 €, laissant un net avant IR d'environ 55 000 €, qui tombe à environ 32 450 € après imposition à 41 %.
L'écart est significatif — plus de 23 000 € en faveur des dividendes sur cet exemple. Mais ce chiffre ne raconte qu'une partie de l'histoire.
Exemple : Maëlys Charpentier est présidente de sa SASU de conseil en communication, créée en 2023. Son bénéfice prévisionnel 2026 est de 85 000 €. En 2025, elle s'était versé l'intégralité en dividendes — résultat : zéro trimestre validé, aucun droit maladie, et une taxe PUMa de 4 500 € reçue en novembre. En 2026, sur les conseils de son expert-comptable, elle se verse un salaire brut mensuel de 2 200 € (soit 26 400 € brut annuel, coût total pour la SASU d'environ 48 000 €). Ce salaire couvre la validation de ses 4 trimestres, lui ouvre les droits aux indemnités journalières, et neutralise la taxe PUMa. Le bénéfice résiduel de 37 000 € est soumis à l'IS au taux réduit de 15 %, et le solde distribuable de 31 450 € est versé en dividendes au PFU. Au total, Maëlys perçoit un net global supérieur à celui de 2025, tout en reconstituant ses droits sociaux — et sans mauvaise surprise en fin d'année.
Les cotisations sociales prélevées sur le salaire achètent des droits concrets. En 2026, la validation d'un trimestre de retraite exige une rémunération brute cumulée équivalant à 150 heures de SMIC, soit 1 515,60 € brut par trimestre. Pour valider les quatre trimestres de l'année, un salaire annuel brut d'environ 6 062 € suffit (soit ≈ 505 €/mois brut). Ce seuil est inférieur au seuil de 9 612 € requis pour neutraliser la taxe PUMa : un dirigeant qui se verse 9 612 € brut annuel couvre donc simultanément les deux objectifs — validation des 4 trimestres et annulation de la cotisation subsidiaire maladie. Pour ouvrir droit aux indemnités journalières maladie, aux prestations maternité et aux rentes d'invalidité, le seuil monte à 24 401 € brut annuel. Les dividendes, eux, ne génèrent strictement aucun droit — ni retraite, ni maladie, ni prévoyance — malgré les 18,6 % de prélèvements sociaux prélevés dessus.
Concernant l'assurance chômage, le président de SASU n'y cotise pas. Il n'aura donc aucun droit à l'ARE en fin de mandat. En revanche, un dirigeant bénéficiant de droits ARE antérieurs (licenciement avant création) peut les conserver à 100 % s'il ne se verse aucun salaire, à condition que la SASU soit soumise à l'IS. Les dividendes n'impactent pas théoriquement l'ARE, mais France Travail peut examiner a posteriori les comptes et recalculer les droits si les montants distribués paraissent disproportionnés. Précision importante : la SASU peut opter pour l'IR uniquement si elle a moins de 5 ans d'existence et que l'associé unique est une personne physique, pour une durée maximale de 5 exercices fiscaux. Au-delà ou en cas de renonciation, le retour à l'IS est définitif. Or en SASU à l'IR, le bénéfice de la société est directement intégré aux revenus du foyer fiscal — même non distribué — ce que France Travail peut assimiler à une rémunération pour réduire ou supprimer l'ARE. Le régime IS est donc impératif pour tout dirigeant bénéficiant encore d'indemnités chômage, et l'option IR est à exclure dans ce cas précis.
L'ARCE (Aide à la Reprise ou à la Création d'Entreprise) constitue une alternative au maintien de l'ARE mensuelle : France Travail verse 60 % des droits chômage restants sous forme de capital, en deux fois (à la création puis 6 mois plus tard). Ce dispositif est strictement incompatible avec le cumul ARE mensuelle et s'adresse aux dirigeants qui souhaitent injecter immédiatement du capital dans leur SASU plutôt que percevoir une allocation étalée dans le temps. Le choix entre maintien de l'ARE et ARCE doit être mûrement réfléchi — il engage l'intégralité des droits restants.
Voici un risque que beaucoup de dirigeants découvrent trop tard. La taxe PUMa (cotisation subsidiaire maladie, article L380-2 du CSS) frappe à 6,5 % lorsque deux conditions sont réunies simultanément : des revenus d'activité inférieurs à 9 612 € par an (20 % du PASS 2026) et des revenus du capital supérieurs à 24 030 € (50 % du PASS). L'appel de cotisation arrive de l'URSSAF en novembre, souvent comme une surprise désagréable.
La solution préventive est simple : se verser un salaire annuel brut d'au moins 9 612 € pour neutraliser intégralement cette taxe. Ce montant couvre simultanément la validation des 4 trimestres de retraite (seuil de 6 062 € brut annuel). C'est la mesure minimale à mettre en place avant toute stratégie orientée dividendes.
À noter : le compte courant d'associé (CCA) constitue une alternative à la rémunération immédiate, souvent méconnue des dirigeants de SASU. Le principe : le dirigeant avance des fonds à la société, qui peut lui verser des intérêts dans la limite du taux maximum annuel fixé par l'administration fiscale. Ces intérêts sont déductibles de l'IS pour la société et imposés dans la catégorie des revenus mobiliers (PFU ou barème) pour le dirigeant, sans aucune cotisation sociale. Limite à garder en tête : les sommes placées en CCA n'ouvrent aucun droit social (ni retraite, ni maladie). Le CCA peut néanmoins compléter utilement une stratégie de rémunération mixte, notamment pour rémunérer de la trésorerie laissée en attente dans la société.
La stratégie la plus fréquemment retenue par les praticiens repose sur un principe clair : fixer un salaire socle garantissant la protection sociale et la validation des trimestres de retraite, puis compléter par des dividendes après clôture en optimisant le régime fiscal. Le calibrage s'appuie sur trois variables :
Le PER individuel constitue un levier complémentaire puissant, surtout à TMI élevée. Les versements sont déductibles du revenu imposable jusqu'à environ 38 000 € par an. Un dirigeant à TMI 45 % versant 37 094 € sur son PER économise immédiatement plus de 16 600 € d'impôt tout en constituant son épargne retraite. Ce dispositif est particulièrement efficace les années où des dividendes importants sont distribués. À noter que le PER collectif ou PER entreprise n'est accessible en SASU que si la société emploie au moins un salarié en dehors du dirigeant. Dans ce cas, l'abondement patronal versé sur le PER collectif est déductible intégralement de l'IS de la société et exonéré de cotisations sociales (seule la CSG/CRDS de 9,7 % reste due). Les SASU sans salarié sont donc limitées au PER individuel — déductible du revenu imposable personnel du dirigeant mais sans économie de cotisations sociales côté société.
Le lissage inter-exercices est un autre outil à ne pas négliger : ne pas distribuer lors des années à forte imposition, conserver le bénéfice en réserves, et différer la distribution vers une année fiscalement plus favorable. Par ailleurs, plusieurs points de vigilance pratiques méritent votre attention :
Exemple : Rémi Vauthier, 52 ans, préside une SASU d'ingénierie informatique depuis 2019. Son bénéfice 2025 s'élève à 120 000 €. Il se verse un salaire brut annuel de 54 000 € (soit 4 500 €/mois), ce qui lui permet de cotiser à Agirc-Arrco sur la tranche A complète et de cumuler des points de retraite complémentaire significatifs. Après IS, il distribue 30 000 € de dividendes soumis au PFU. Il verse par ailleurs 25 000 € sur son PER individuel, ce qui réduit son revenu imposable de la même somme et génère une économie d'impôt de 7 500 € (TMI à 30 %). Son solde de bénéfice non distribué reste en réserves pour préparer un investissement immobilier professionnel prévu en 2027. Résultat : une protection sociale complète, une retraite complémentaire en cours de constitution, une fiscalité maîtrisée et une trésorerie préservée dans la société.
L'arbitrage entre salaire et dividendes pour un dirigeant de SASU doit être recalculé chaque année, car les paramètres évoluent : bénéfice prévisionnel, composition du foyer, PASS, objectifs patrimoniaux. Seule une simulation globale intégrant l'ensemble de ces variables permet de définir la répartition optimale. C'est précisément ce type d'accompagnement que propose NGT Conseil depuis Chaville : un cabinet d'expertise comptable à taille humaine, dirigé par Thibault Negaret, qui associe rigueur technique, pédagogie et réactivité pour aider les dirigeants de TPE et PME à prendre les bonnes décisions. Si vous souhaitez modéliser votre stratégie de rémunération 2026, n'hésitez pas à solliciter notre équipe pour une simulation personnalisée.